J’ai faim. Je suis fatigué. J’ai terminé mon close et je veux pas cuisiner. Ni même manger des restants. On a sold-out à la boutique. Pourquoi pas me gâter à soir. Mes pas m’amenent au Leméac. Dès mon arrivée, je suis toujours charmé par l’accueil. Le Maître d’hôtel est de bonne humeur. Par contre, ce n’est ni Fanny ni Vincent ce soir. Dommage. « Une place au bar, est-ce que cela vous convient, monsieur? » Mon endroit préféré. Sophie m’accueille, elle semble toujours pétillante, malgré une clientèle exigeante. Son masque est solide. Je commence avec une bière sans alcool de Boréale, simple, rafraîchissante, et elle permets de bien accompagner la demi-douzaine d’huîtres que j’ai commandée. Les Shan Daph de la Nouvelle-Écosse. Les meilleures, selon Soso qui ne mange pas d’huître. Salé, charnue, délicieuse. Je me sens enfin reposé de ma journée de travail. Une dame confond la cuisine à la sortie, ma foi bien indiquée. « C’est le vin! » dit la personne qui l’accompagne. Ils prennent la bonne porte en riant. La dame à côté de moi me souhaite bon appétit, je lui réponds merci d’un grand sourire avant de plonger dans mon assiette.
Je mange toujours mes huîtres dans un ordre précis, sacré. La première est toujours à la naturelle, comme dirais Christopher, mon ami écailleur. La seconde avec de la mignonnette. Facile de faire une mignonnette qui est bonne, encore plus facile d’en rater une. Celle-ci est classique, et classique, c’est ce dont j’ai envie. La 3e avec de la sauce forte. Même chose pour la 4e. Et la 5e. J’ai les lèvres qui piquent. Je prends la dernière avec du jus de citron, question de faire baisser l’intensité. Mais c’est peut-être dans ma tête seulement que ça fonctionne. Je cale le restant de ma bière. Du coin de l’œil, Sophie m’observe. « Une autre pinte ? » j’hoche de la tête, les bulles montent et m’empêchent de dire oui. Elle comprend et m’en sert une nouvelle. Je serais plus discipliné avec celle-ci.
La dame à côté demande l’addition. Elle termine sa grappa qui accompagnait son espresso court. Respect. Elle paye l’addition et s’en va. Ou tente de s’en aller. « Je m’excuse» dit-elle gèné. Il faut que je me lève pour lui permettre de sortir. La grappa fait effet. « Bonne soirée », je lui dis. Elle avait l’air gentille. Je peux maintenant observer le duo à côté.
Tartare de saumon, salade verte au milieu et ragoût d’escargots, un grand préféré à moi. Je vais peut-être en prendre un comme dessert si je feel tanant.
Ma joue de bœuf arrive. Un beau gros morceau de viande à la bourguignonne sur un lit de bête à carde, petits champis, perles d’oignons et rösti de pomme de terre. Je n’ai même pas lu la description du plat tellement j’étais excité de l’essayer. Mais qu’est-ce? Ces petits morceaux salés et légèrement croustillants? Lardon. Caliss. Je mange pas de porc. Well, je fais avec. C’est bon les lardons. Et la joue manque un peu de sel à mon goût, mais les lardons et le jus de cuisson sont précisément ce qu’il faut pour l’assaisonner. La sauce aurait suffi.
Un homme remplit la place libre rapidement. Rapide comme sa commande. Un french 75. Hâte de voir qu’est-ce que c’est. J’en ai pas la moindre idée. Aussitôt sa flûte arrivée, il commande le pot-au-feu. Décidément, cet homme m’intrigue, comme son plat.
De retour au mien, j’alterne entre viande, rösti, légumes et pain. Je prends tout mon temps. Vraiment tout mon temps. Ces lignes ne sont quand même pas écrites le lendemain. On me demande si c’est terminé. Loin de là. Il reste encore une bouchée. Finalement, la signature d’un plat apprécié. La Scarpetta. Je racle la sauce restante avec ma baguette. Je n’en laisserai pas une goutte.
Le pot-au-feu de monsieur, appelons le Yvon, qui arrive. L’odeur me parle. Elle me chuchote à l’oreille. Je m’attendais à un morceau de viande. Surprise : il s’agit en réalité d’un filet de saumon dans un bouillon riche, bien garni de légumes de saison. Je suis hypnotisé. Il faut que j’arrête de fixer le plat. Yvon semble avoir chaud. C’est l’effet de la soupe. Ses lunettes, plus tôt placées sur le dessus de son crâne semi-chauve, sont déposées sur la table. J’y jetterais quelques regards furtifs plus tard. Mais qu’est-ce que je vois ? Une fois le saumon et les légumes engloutis, c’est la fin de l’aventure pour le pot-au-feu. David, l’autre barman, repart avec le plat. Moi, j’aurais bu le court-bouillon à même le bol. Pas cool Yvon, pas cool.
Mon repas est terminé. Je suis satisfait, mais pas rempli. Je suis très gourmand. « La carte des desserts? Oui, certainement ». Cette question fait toujours sourire la personne qui me la pose; je travaille à la pâtisserie située juste en face. J’ai vu plus tôt, dans les spéciaux du soir, une tarte aux pommes, je suis déjà vendu. Avec rien de moins qu’une glace au mélilot. Yvon prend la même chose, nos 2 tartes arrivent en même temps. Il engloutit la sienne. Moi, je la savoure. Il demande : un court et l’addition svp ! Yvon a bon goût, mais Yvon est pragmatique. Rapide et efficace. Il semble regarder ce que j’écris, j’espère que ses lunettes lui servent à lire. Je paye l’addition, 22% de pourboire. Rien de moins pour Soso. Je m’en sors un peu moins bien que prévu. Les maths, c’est pas ma force. « Je regarde tous les Réels que tu m’envoies, promis. Désolé si je ne réponds pas! » Je la crois. Mes vidéos de chats sont curated spécialement pour elle, et 5 autres amateurs de chat dans mon cercle d’amateur de félins.


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